Souvenirs et cheminements…

(Cet article a été écrit le 18 mai 2018, veuillez m’excuser pour la publication tardive. Mais j’en profite pour souhaiter la bienvenue à mon neveu, mon nouvel Amour, qui nous a rejoins hier dimanche 10 juin 2018 dans cette merveilleuse aventure de la Vie, et qui fait de moi la Tata la plus heureuse du monde…)

Ces quinze derniers jours ont été un réel écho à mon passé, à mes racines, à ce que je suis et d’où je viens. Un nettoyage à la source pour aller de l’avant. Feedback…

A mes 18 ans, lorsque je pars de Belfort où j’ai grandi, je n’avais qu’une envie : voyager pour comprendre le monde. J’ai alors suivi un parcours d’études à Lyon en Ecole de Commerce et Développement afin de me spécialiser en gestion de projets en développement durable. J’y ai appris l’Histoire du monde, de sa géopolitique, de son économie, et tant d’autres, et surtout, que contrairement à ce que je pouvais penser, qu’il ne tournait pas rond. Je n’ai pas trouvé dans le développement durable les réponses que je cherchais pour soigner à mon échelle cette planète blessée par l’égocentrisme de l’Humanité. Je me suis donc tournée vers son maillon manquant : l’art et la culture. Mais là encore, je me suis retrouvée confrontée aux mêmes paradoxes, à ce même sentiment d’imperfections aux outils mis en place par l’Homme pour trouver des alternatives au chao planétaire engendré par cette même activité humaine.
Lors de mon séjour au Mexique pendant près d’un an en 2012 nous avons eu le projet avec des amis de créer un lieu de fête, interculturel, dans lequel la joie serait le maître mot.
Nos chemins entre le Mexique, la France et l’Australie se sont progressivement éloignés, mais l’idée m’est restée et a commencé à m’imprégner.
En débutant l’élaboration théorique de ce projet en 2014 lors de ma dernière année d’études, j’ai fait la rencontre d’une femme extraordinaire qui possédait un lieu tout autant fantastique sur Lyon pour lequel j’ai eu la chance de travailler en tant que programmatrice. Cet endroit qui s’appelait l’Antre Autre, et qui a aujourd’hui malheureusement fermé ses portes, était un café culturel de tous les possibles reliés autours d’une seule variable : l’Amour.
J’avais alors en ma possession la clé manquante à toutes mes réflexions…

La Vie continua, j’ai terminé mes études, et laissé de côté l’envie de monter un endroit similaire. Je suis partie deux ans durant travailler dans les prisons de l’Oise en Picardie en tant que coordinatrice d’activités socioculturelles. Je faisais le lien entre près d’une quarantaine de partenaires culturels et artistiques extérieurs et le monde ultra sécurisé qu’est le milieu carcéral. J’ai apporté avec passion de la liberté dans un des endroits les plus fermés qu’il soit, jouant avec son cadre impénétrable et conciliant les relations humaines les plus divergentes.
Cette expérience fut sans doutes les prémices de ma prise de conscience sur l’importance du partage, de la création, du contact humain, de la bienveillance, pour tous, qui que nous soyons, pour apprendre à s’aimer et à aimer en retour. Et j’ai réalisé à quel point j’avais moi-même besoin de création et de m’aimer moi-même avant d’aimer les autres.
Je décide alors de quitter mon poste et de retrouver un travail alimentaire sur Lyon qui me laisserait le temps de me consacrer à la découverte de qui je suis. C’est à ce moment-là, en cet été 2016, que j’ouvre « Le Pianiste Nomade » de Marc Vella. Ma maman me l’avait offert une dizaine d’années auparavant, alors que j’étais une adolescente sauvage et insaisissable. Il avait depuis voyagé d’étagères en étagères, de déménagements en déménagements, sans que j’y prête plus d’attention.
Je me reconnais aussitôt dans ces pages, dans ce récit de vie, ces valeurs et la manière de voir le monde de ce pianiste qui a fait le tour du monde avec son piano, pour apporter paix et amour entre les cultures, allant à la rencontre de l’essence même de ce qu’est l’Humanité. Je lui écris aussitôt. Avant de commencer mes études, vers l’âge de 17 ans, j’avais décidé d’arrêter le piano et la musique en plein milieu de l’année où j’allais être diplômée en formation musicale, après 10 ans d’apprentissage. Mais cet instrument faisant tout de même parti de moi j’avais réinvesti quelques mois auparavant dans un piano. J’avais l’idée en tête d’apprendre à improviser, et avoir accès à des cours inculqués par une personne possédant une telle philosophie de vie m’est apparu comme étant une évidence.
C’est donc en janvier 2017, à la veille de ma prise de poste à temps partiel dans un magasin d’alimentation biologique et après un séjour de quelques mois dans un autre milieu fermé que sont les maisons de retraite, que je participe à un stage de deux jours avec Marc Vella intitulé « Vivre en joie la musique de la Vie ». Un stage de développement personnel sur l’improvisation, dans la musique comme dans la Vie, sur l’acceptation des fausses notes, le lâcher prise en délicatesse, le rapport à soi et aux autres, l’action et l’envol. Je m’étais toujours sentie incapable d’improviser sur un piano. Mais pendant ces deux jours, dans cet havre de paix et d’apaisement, dans cette bulle de douceur humaine, je ressens le déclic. Je m’écroule en larmes après ma première improvisation. Je suis bouleversée par la beauté de la vibration du son, par cet état de communion méditatif avec chaque note jouée, par la redécouverte de ma propre capacité à créer quelque chose de beau, en toute simplicité. Je retrouve mon innocence enjouée d’enfant, dans la joie du cœur et de l’imagination. Je me souviens alors d’une promesse que je m’étais faite, du haut de mes 10 ans, alors que je possédais une imagination débordante pour concevoir des histoires et observer la réalité différemment : « Je veux devenir adulte mais jamais je ne perdrai mon imagination, jamais je ne m’arrêterai de créer et de rêver ».

Les premiers mois qui suivirent cette réconciliation avec mes plus intimes profondeurs et ce moi artiste furent atrocement difficiles. J’ai pris soudainement conscience de l’environnement de violence dans lequel j’étais emprise, et les six mois dont j’eus besoin pour m’en défaire ont constitué un parcours d’une agressivité énergivore et asphyxiante. Je vis à quel point je m’étais laissée de côté depuis des années, que je m’étais perdue, que je m’étais abimée, et que je me connaissais si peu. En parallèle, les belles rencontres se poursuivant, j’ai débuté un travail généalogique afin de mieux savoir d’où je viens et de connaître les raisons de mon cheminement qui fut parfois très douloureux et pesant. Fille d’immigrés italiens, je ne me suis jamais réellement intéressée à mes racines, ni même à l’Histoire de mes parents, trop occupée à vouloir m’enfuir pour créer ma propre réalité. J’ai alors débuté à parler et à poser des questions pour comprendre mes choix de vie, tout comme j’avais voulu comprendre le monde à 18 ans. C’est alors que commença une phase de libération et d’alignement total. Les pratiques du théâtre, de la danse, de la musique, de la peinture, et j’en passe, sont entrés progressivement dans mon quotidien. Toutes ces activités que j’organisais pour les autres, je me les suis offertes. J’ai de nouveau 10 ans, avec le même entrain et la même imagination, la même curiosité et attention.

Puis janvier 2018 arrive, et après une dernière période de doutes et de montagnes russes émotionnelles, je décide de faire un pas de plus. De reprendre l’idée du projet qui ne m’a jamais quitté et de lui donner un nom, Cosa Vostra et la Mafia del Sol, et de débuter son élaboration non pas en France, mais en Italie, à l’origine.

Et je me retrouve ici, le 6 mai 2018 à Genac, vers Angoulême, au domaine de Marc Vella pour préparer avec une quarantaine de personnes plus extraordinaires les unes que les autres, une Caravane Amoureuse dans les Himalayas. Fin juillet nous partirons pour cinq semaines autour du son du piano pour partager joie, musique et amour avec les populations indienne, népalaise et tibétaine. Un voyage du domaine du rêve et pourtant si réel qui s’annonce d’une profondeur et d’une intensité indéfinissable. Un voyage pour apprendre à donner et à recevoir, à lâcher et prise et à « marcher sur l’eau », à tolérer et à exister, à accepter l’inconnu dans toutes ses formes, à vivre en communauté et à se préserver, à créer dans la spontanéité et la pleine présence. Un voyage de sens en somme.
J’ai beaucoup hésité à participer à cette aventure, ne me sentant pas à la hauteur, légitime, prête, du fait sûrement de ma jeune naïveté, d’une certaine fébrilité et blocages dans mes convictions, de mon tempérament particulièrement solitaire, malgré toutes les connaissances et expériences que j’ai pu accumuler ces dernières années, malgré l’alignement parfait des valeurs qu’il représente avec celles que j’aspire à défendre. Par trois fois les événements m’ont poussé dans cette direction : une liste d’attente qui ne devait pas exister, une fin d’année difficile, un avion annulé. Mais je suis heureuse d’avoir hésité, d’avoir douté, et d’aujourd’hui le reconnaître. Car au final je suis plus heureuse encore d’avoir pris cette décision et d’avoir fini par laisser la vie décider d’elle-même ce qu’il en serait, finissant par sourire aux embûches rencontrées. Et chaque pas que je fais dans mon expérience en Italie me prépare peu à peu à ce périple au sommet du monde, comme un échauffement avant une course dont je ne connais ni le déroulement, ni l’issue, entre Art et Humanité…

Et je me retrouve ici, le 10 mai 2018, à Mattarello, dans le village familial, pour rencontrer et discuter réellement pour la première fois avec certains membres de ma famille. Je vis ces quelques jours d’une manière très émotionnelle. Je prends réellement conscience de l’importance de mes racines et je reçois de plein fouet cette impression d’entre deux, comme le sentiment d’appartenir à une famille soudée et unie, mais sans la connaître et avoir la possibilité d’en être intégralement actrice. J’ai toujours prôné dans mes discussions l’importance de la reconnaissance de la condition d’être humain, au-delà de son appartenance culturelle et territoriale. Cette nécessité de bannir les codes et les conditionnements qui nous envahissent. J’ai tenté d’évoluer dans ce sens, naviguant en fonction de mes envies et de mes rencontres, plutôt que de me cloisonner à un modèle préétablie. Mais j’avais oublié que je n’étais pas arrivée de nulle part, j’avais minimisé l’importance des liens entre les personnes d’une même famille, l’importance d’avoir connaissance des bases culturelles que nous avons en commun. Je sens comme un certain vide à combler dans mon développement personnel. Une pièce manquante dont trois mois de voyage ne suffiront pas pour la trouver.

Et je me retrouve ici, le 14 mai 2018, à Padoue, chez une amie que je n’avais pas vu depuis 10 ans, et que j’avais rencontré lors de ma première leçon de solfège à 6 ans. Une belle re-rencontre, délicate et inspirante, qui me re-plonge dans l’univers de la musique, du théâtre, de la simplicité et de la prise de risque dans nos choix de vie. Une découverte amicale joyeuse et complice qui finit de me convaincre que tout est possible, tout est réalisable lorsque l’on agit avec passion et conviction.

Et je me retrouve ici, le 18 mai 2018, à Naples, plus émerveillée que jamais, pour sauter dans l’inconnu, tout comme l’ont fait mes parents il y a 27 ans, de l’autre côté de la frontière. Cet article sera le dernier article contant mon évolution personnelle à travers ce voyage. Il m’appartient désormais d’utiliser tous les outils qui ont fleuris sur ma route pour agir et créer. J’ai décidé de rester en Italie à partir du mois de septembre et de poursuivre mon investigation sur ce merveilleux pays, sur les personnes qui le peuple, de me laisser la possibilité d’entrer en plus profonde connexion avec mon moi artiste, tout en restant concentrée sur cette volonté de fonder, un jour, Cosa Vostra. Ce blog prendra bientôt une autre dimension, celle de mettre en valeur les personnes qui comme moi, sont inspiratrices d’un monde nouveau, et qui, en croyant encore à leurs rêves d’enfants, le façonnent de jours en jours. Car ce sont toutes ces personnes qui à mes yeux fondent la Mafia del Sol…

Pour en savoir plus sur la Caravane Amoureuse en Himalaya, et soutenir ce projet qui est à mes yeux est le projet plus audacieux, complet, beau, et fort de sens que je n’ai jamais vu, c’est ici : https://www.helloasso.com/associations/le-petit-chemin/collectes/la-caravane-amoureuse-en-himalaya

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